Flore mellifère en Brousarède

Une année apicole en Cévennes

 

Voici un petit survol du paysage floristique dont profitent les abeilles cévenoles.

Ce calendrier donne un aperçu des espèces les plus importantes, localement, pour les abeilles. Bien évidemment, elles visitent également de nombreuses autres plantes non citées.
Les dates sont données à titre indicatif. Les époques de floraison (la phénologie) varient beaucoup d'une année à l'autre.

Janvier et février :
Déjà la reine reprend sa ponte. Les belles journées, on peut observer les ouvrières venir prélever sur les suintements l'eau nécessaire à l'élevage du couvain.

Corylus avelana, noisetier

  • Noisetier (Corylus avelana) : les longs chatons retombant en draperie dorée des coudriers, lorsqu'ils commencent à lâcher leurs premiers nuages de pollen, sont les premiers annonciateurs d'un printemps encore lointain soit, mais déjà en chemin. Lors des belles journées d'hiver ce sont aussi les premiers butinages des abeilles. Avec les aulnes et les frênes qui fleuriront un peu plus tard, ces essences, abondantes, fournissent les apports de pollen (donc de protéines) indispensable à l'élevage du couvain. Un peu plus sur le noisetier ?
  • Aulne (Alnus glutinosa) : de la même famille que le noisetier (Bétulacées), il produit également en fin d'hiver d'abondants chatons riches en pollen. L'aulne est un arbre qui peut dépasser les 20 m de haut. La quantité de pollen produite peut donc être très importante. Sa floraison peut s'attarder jusqu'au mois de mars. Le bouleau (Betula verucosa), de la même famille également, pourrait aussi être un pourvoyeur hivernal de pollen. Les pollens de ces essences sont très proches et le butinage effectué à ces hauteurs n'est pas toujours facile à observer. Hypothèse à confirmer donc.

Mars :
Premières chaleurs, c'est le début de la saison de travail sur les colonies, et en mars les visites de printemps permettent de constater comment se portent nos petites protégées.

  • Saule marsault (Salix caprea) : dès février certaines années, cet arbuste anémophile (pollinisé par le vent) fournit paradoxalement une ressource non négligeable de pollen en fin d'hiver, mais également de nectar car c'est le seul saule à en produire.
  • Buis (Buxus sempervirens) : abondant sur les Causses, le buis n'est pas spontané dans les Cévennes. On rencontre pourtant souvent quelques pieds naturalisés à proximité des mas, souvent à proximité des anciens emplacements des ruchers troncs. Ils ont en effet été plantés là pour le plus grand bénéfice des abeilles qui se délectent de son nectar en sortie d'hiver. Il paraîtrait que le buis aurait une action assainissante pour les abeilles. À confirmer ! 
  • Bruyère arborescente (Erica arborea) : en fin de mois et au début d'avril ces grandes bruyères ligneuses (parfois plus de 3 m), dont les souches sont encore très recherchées pour la réalisation des pipes, se couvrent de petites fleurs blanches : une neige tardive ! Les bonnes années (quand la pluie a le bon goût de tomber avant la floraison et pas pendant !), elles offrent un miel de printemps sombre, corsé et au parfum légèrement mentholé.
  • De façon plus anecdotique, les abeilles fréquentent aussi beaucoup les potagers et les friches à la recherche des premières floraisons. Les véroniques de Perse (Veronica persica) sont particulièrement appréciées.
     

Veronica persica, véronique de perse

Avril :
Les colonies sont en pleine expansion. Le travail au rucher bat son plein.

  • Frêne (Fraxinus excelcior) : le frêne commun est plus connu pour la qualité des manches d'outils qu'il fournit que comme essence mellifère. J'ai pourtant observé sur les inflorescences (bien visibles puisqu'elles apparaissent avant les feuilles) une intense activité des abeilles. Pollen ou nectar, je n'ai pu vérifier ce que les abeilles y prélevaient. Affaire à suivre.
  • Prunus domestica, prunierMerisier (Prunus avium) : disséminés dans les châtaigneraies, ce n'est que lors de sa prolifique floraison blanche que l'on se rend compte de son omniprésence. Avec les fruitiers cultivés (cerisiers, pruniers, pommiers et poiriers essentiellement) il constitue une importante ressource pour les colonies alors en pleine expansion.
  • Aubépine (Crataegus monogyna) : une essence magnifique, surtout quant elle a le temps de vieillir. L'aubépine semble être une ressource de remplacement : s'il y a mieux (pommier par exemple), elle la dédaigne. Ou plutôt en mai ??
  • Ciste à feuille de sauge : très abondant, les abeilles récoltent un abondant pollen sur ces magnifiques et éphémères fleurs (elles durent moins d'une journée chacune, mais se renouvellent pendant plusieurs semaines : le sol est chaque jour jonché de pétales). Ou plutôt en mai ??

Mai :
Dès la fin du mois d'avril et tout le mois de mai c'est le moment de réaliser les essaims artificiels pour maintenir son cheptel et limiter l'essaimage naturel (phénomène naturel que l'on ne peut totalement éviter : l'abeille dite domestique reste une espèce fondamentalement libre et sauvage !)

  • Trèfles : parmi les très nombreuses espèces présentes en Cévennes, c'est le trèfle noircissant (Trifolium nigrescens) qui est le plus abondant. C'est une espèce annuelle méditerranéenne aux inflorescences un peu plus petites que celles du trèfle rampant (T. album) également présent.
  • Robinier faux-acacia (Robinia pseudo-acacia) : cet arbre, originaire d'Amérique du nord, n'a rien à voir avec les vrais acacias (qui sont africains). Lorsqu'il est suffisamment abondant (au bord des Gardons par exemple), il offre un miel très doux.

Juin :
C'est la pleine période des essaimages naturels. Visite quotidienne au rucher pour tenter de rattraper les fugueuses. C'est également le moment de préparer la récolte et poser les dernières hausses.

  • Tilleul (Tilia ssp.) : pour patienter avant le châtaignier, la floraison du tilleul fait des heureuses. À noter que certaines espèces seraient toxiques pour les abeilles (le tilleul argenté notamment). Dans les régions où il est abondant il fournit un miel recherché.
  • Châtaignier (Castanea sativa) : l'essence mellifère phare en Cévennes. De part sa très grande implantation et son très important potentiel mellifère tant pour le pollen que pour le nectar, le châtaignier est une ressource primordiale pour les abeilles. En moyenne, sa floraison débute vers le milieu du mois. C'est alors la ruée : les ruchers sont transfigurés en quelques heures, bourdonnant plus que jamais et embaumant cette fragrance si particulière et propre au châtaignier. Thym des Cévennes
  • Thym des cévennes (Thymus nitens) : le thym endémique des Cévennes, souvent confondu avec les serpolets (Thymus serpyllum sensus lato). Assez abondant, il constitue une ressource non négligeable.
  • Ronce (Rubus sp.) : ressource d'importance dans d'autres régions, elle me semble peu influente ici : florissant en même temps que le châtaignier, elle semble alors un peu délaissée par les abeilles !

Juillet :
Le châtaignier termine sa floraison au début du mois. Dès la fin de cette manne et avec les premiers effets de la sécheresse estivale, nous entrons dans une période de disette pour les abeilles. Pour l'apiculteur, en fin de mois ce sera le début de la récolte, puis de l'extraction et de la mise en pots.

  • Origan (Origanum vulgare) : très apprécié après le châtaignier, l'élégant origan est d'autant plus productif s'il bénéficie de quelques pluies d'été.  Origanum vulgare, origan
  • Bruyère cendrée (Erica cinerea) : cette petite bruyère étale sa floraison rose violacé sur une très longue période (juin-octobre), mais en ce mois pauvre en ressource mellifère elle devient une espèce importante pour les abeilles. Plus en altitude, il est possible de récolter un miel monofloral dit miel de bruyère erica.
  • Millepertuis perforé (Hypericum perforatum) : voici une espèce médicinale dont la floraison estivale est bienvenue après le châtaignier. C'est surtout pour le pollen que les abeilles s'égarent sur le millepertuis.

Août :
C'est le gros creux de la saison : avec la sécheresse les fleurs sont peu nombreuses. La ponte de la reine s'est fortement réduite. La récolte est finie et il faut enchaîner avec les soins contre les varroas.

  • Germandrée des bois (Teucrium scorodonia) : aussi fréquente que modeste d'aspect, la germandrée des bois ne passe toutefois pas inaperçue aux yeux perspicaces des abeilles.
  • Menthe à feuilles rondes : (Mentha suaveolens) : une menthe peu intéressante en cuisine, mais bien visitée par les Menthe à feuilles rondesabeilles. Elle se reconnait facilement à ses feuilles opposées, arrondies et surtout aux nervures en réseau dense, leur donnant un aspect gaufré. 
  • Onagres : (Oenothera ssp.) : surprenantes œnothères ! À la tombée du jour, c'est en quelques secondes qu'elles déploient leurs grands pétales jaunes ; qui ne connaîtront pas le zénith du jour suivant. À cette heure tardive, mais encore chaude à cette époque, les abeilles doivent faire des heures supplémentaires pour récolter ce pollen vespéral. Elles reviendront à leurs ruches, la nuit presque complète, toutes poudrées d'or.
  • Asperge sauvage (Asparagus acutifolius) : une découverte récente : début août, une importante activité de récolte de pollen sur les discrètes fleurs de l'asperge sauvage.

Septembre et octobre :
Si la pluie est revenue, de nombreuses espèces fleurissent à nouveau (origan, millepertuis...) permettant aux abeilles de reprendre leur activité. Certaines années une petite récolte peut avoir lieu (mais c'est rare !). Courant octobre, Il est déjà temps de préparer l'hivernage des colonies. Calluna vulgaris, callune

  •   Callune (Caluna vulgaris) : autrefois plus abondante, la fermeture des milieux par les pins notamment, a réduit les surfaces occupées par cette espèce dans les Cévennes (à basse altitude du moins). Avec des conditions climatiques adéquates, il est parfois possible de récolter ce miel de callune au goût et à la texture si particulière.
  • Arbousier (Arbustus unedo) : l'arbre aux fraises offre le miel le plus amer qui soit. Mais dans les Cévennes il n'est pas assez abondant pour être récolté et il ne fait le bonheur que des seules abeilles (sans regrets pour ma part !).
  • Lierre (Hedera helix) : le miel de lierre lui n'est jamais récolté. Mais il est d'une importance capitale pour les abeilles qui constituent avec cette quasi ultime récolte une bonne part de leurs réserves d'hiver.

Novembre et décembre :
Si le temps est doux, quelques abeilles s'attardent sur les dernières fleurs d'arbousier ou de callune. Dans les jardins, tant qu'il n'a pas trop gelé, la mercuriale (Mercurialis annua) remporte un vrai succès. Mais l'activité est réduite aux rares beaux jours et les ressources restent maigres. Dès qu'il fait froid, la colonie fait la grappe, gardant précieusement sa chaleur en l'attente de jours meilleurs.

 

PJ mars 2010

Ce texte est une première ébauche, construit essentiellement sur les observations faites ces dernières années. J'espère au fil des saisons, pouvoir étoffer et préciser certaines données et l'enrichir de nouvelles photos. Vos remarques sont les bienvenues.

Pour en savoir plus sur la flore cévenole, voici un autre texte, plus généraliste, en suivant ce lien.

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